Prothèse de hanche : déroulement, rééducation et reprise d’activité
Remplacer une hanche usée par une prothèse est l’une des interventions orthopédiques les mieux maîtrisées. Elle est pourtant redoutée, parce qu’elle touche à la marche et à l’autonomie. Les patients veulent savoir une chose avant tout : combien de temps avant de remarcher normalement. Voici le déroulement réel, de la décision à la reprise des activités.
Pourquoi remplacer une hanche
L’arthrose, de loin la première cause
La hanche est une articulation sphérique : la tête du fémur tourne dans la cavité du bassin, les deux surfaces étant recouvertes de cartilage. L’arthrose, ou coxarthrose, correspond à l’usure progressive de ce cartilage. L’os finit par frotter contre l’os, ce qui provoque douleur et raideur.
La douleur siège typiquement au pli de l’aine et peut irradier vers la cuisse et le genou — ce qui égare parfois le diagnostic. Elle apparaît à la marche, s’améliore au repos, puis finit par réveiller la nuit. La raideur gêne les gestes simples : enfiler une chaussette, monter en voiture, croiser les jambes. L’Inserm consacre un dossier à l’arthrose et à ses mécanismes.
Les autres indications
Une fracture du col du fémur, fréquente après 70 ans, conduit souvent à poser une prothèse d’emblée. S’y ajoutent la nécrose de la tête fémorale, les séquelles de malformation de la hanche chez l’enfant, certaines arthrites inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, et les suites de traumatismes.
Quand l’intervention se discute
Comme pour la cataracte, le critère n’est pas la radiographie mais le retentissement sur la vie. Une hanche très abîmée à l’image chez un patient qui marche sans gêne ne s’opère pas. À l’inverse, une arthrose modérée qui empêche de dormir, réduit le périmètre de marche à quelques centaines de mètres et résiste aux traitements justifie d’en parler.
Le traitement médical vient d’abord : antalgiques, anti-inflammatoires sur des périodes courtes, kinésithérapie pour entretenir la mobilité et la musculature, perte de poids quand elle est possible, canne du côté opposé, adaptation des activités. Les injections intra-articulaires peuvent soulager temporairement. L’Assurance maladie détaille les traitements de l’arthrose de la hanche. Quant au mouvement, qui entretient l’articulation mais peut aussi la surcharger, nous l’avons développé à propos du genou : quels gestes soulagent, lesquels aggravent. Quand ces moyens ne suffisent plus et que la qualité de vie se dégrade, la prothèse devient l’option raisonnable.
Les prothèses et les voies d’abord
Une prothèse totale de hanche comporte trois éléments : une tige implantée dans le fémur, une tête sphérique qui la surmonte, et une cupule fixée dans le bassin. Le couple de frottement entre la tête et la cupule — céramique, métal, polyéthylène — est choisi selon l’âge et l’activité du patient. La fixation se fait avec ou sans ciment, selon la qualité de l’os.
Plusieurs voies d’abord existent : antérieure, antéro-latérale, postérieure. Chacune a ses partisans et ses contraintes, et le choix dépend largement de l’habitude du chirurgien, ce qui est un critère de sécurité plus pertinent que la mode du moment. La prothèse dite mini-invasive désigne une incision réduite, pas une intervention différente.
Le déroulement de l’intervention
L’opération se pratique sous anesthésie générale ou, fréquemment, sous rachianesthésie qui endort la moitié inférieure du corps. Elle dure en général une à deux heures. Le chirurgien retire la tête fémorale usée, prépare le fémur et la cavité du bassin, puis implante les éléments de la prothèse et vérifie la stabilité et la longueur du membre.
Un bilan préopératoire complet précède l’intervention : consultation d’anesthésie, bilan sanguin, recherche de foyers infectieux — dentaires et urinaires notamment, parce qu’une bactérie circulante peut aller se fixer sur une prothèse. Les traitements anticoagulants sont adaptés, et l’arrêt du tabac avant l’intervention réduit les complications.
Les premiers jours
Le lever se fait le plus souvent dès le jour de l’intervention ou le lendemain, avec un kinésithérapeute et un déambulateur ou des cannes. Cette mobilisation précoce est voulue : elle réduit le risque de phlébite et accélère la récupération. L’appui sur la jambe opérée est autorisé d’emblée dans la plupart des cas.
L’hospitalisation dure généralement de deux à cinq jours. Un traitement anticoagulant préventif est prescrit pour plusieurs semaines, et la surveillance de la cicatrice est expliquée avant la sortie. Le retour se fait à domicile avec des soins, ou en centre de rééducation selon l’autonomie, l’âge et l’entourage.
La rééducation
Elle commence à l’hôpital et se poursuit plusieurs semaines. Le travail porte sur la marche et son équilibre, la récupération des amplitudes articulaires, le renforcement des muscles fessiers et de la cuisse, et la réappropriation des gestes quotidiens.
Des précautions sont données pour les premières semaines, variables selon la voie d’abord utilisée : éviter certaines combinaisons de mouvements qui exposent à la luxation, ne pas croiser les jambes, ne pas s’asseoir trop bas, utiliser un rehausseur de toilettes et une pince de préhension. Ces consignes sont temporaires, et elles viennent du chirurgien qui a opéré — pas d’une liste générale.
La reprise des activités
La marche et la conduite
La marche avec cannes est immédiate, l’abandon des cannes intervient généralement entre trois et six semaines selon la récupération musculaire. La conduite se reprend quand le patient peut s’installer sans douleur, réagir vite et ne prend plus de traitement altérant la vigilance : souvent autour de quatre à six semaines, avec l’accord du chirurgien.
Le travail
Un travail de bureau se reprend souvent vers six semaines, un travail physique nettement plus tard, parfois trois mois ou davantage. Le délai se discute en fonction du poste réel, pas d’un barème.
Le sport
La natation, le vélo d’appartement puis sur route, la marche soutenue et le golf sont généralement encouragés après quelques mois. Les activités à impact répété — course à pied, sports de pivot et de contact — sont déconseillées ou à discuter précisément, parce qu’elles sollicitent la fixation de la prothèse. Là encore, c’est le chirurgien qui tranche selon le type d’implant posé.
La durée de vie d’une prothèse
Les prothèses actuelles donnent de bons résultats sur le long terme, et une majorité d’implants reste en place plus de quinze à vingt ans. La durée réelle dépend de l’âge à la pose, du poids, du niveau d’activité, du type d’implant et de la qualité de l’os — ce qui interdit d’annoncer un chiffre personnel à l’avance.
Une prothèse peut s’user ou se desceller avec le temps. Elle est alors remplacée par une chirurgie de reprise, plus lourde que la première pose : c’est l’une des raisons pour lesquelles on hésite davantage à opérer un patient jeune.
Les complications possibles
L’infection de prothèse est la complication la plus redoutée. Rare, elle justifie l’asepsie du bloc, la recherche de foyers infectieux avant l’intervention et la vigilance durable ensuite : toute fièvre, rougeur ou douleur inhabituelle doit faire consulter, et il est demandé de signaler le port d’une prothèse avant un soin dentaire.
Autres suites possibles : la phlébite et l’embolie pulmonaire, prévenues par le lever précoce et les anticoagulants ; la luxation de la prothèse, surtout dans les premières semaines ; une différence de longueur entre les jambes ; une atteinte nerveuse ; un descellement tardif. Le patient reçoit une carte d’implant qu’il conserve.
Questions fréquentes
Combien de temps avant de remarcher sans canne ?
La marche avec cannes commence dès les premiers jours. L’abandon des cannes se situe généralement entre trois et six semaines, selon la récupération musculaire et l’état général. C’est le kinésithérapeute et le chirurgien qui en jugent.
L’opération est-elle douloureuse ?
Les douleurs postopératoires existent et sont traitées par un protocole antalgique prévu à l’avance. La plupart des patients constatent que la douleur arthrosique qui les amenait a disparu, ce qui change leur perception des suites.
Peut-on se faire opérer à 50 ans ?
Oui, et cela se fait. La réserve porte sur la durée de vie de l’implant : plus la pose est précoce, plus le risque d’avoir à le remplacer un jour est élevé, et une chirurgie de reprise est plus lourde. L’arbitrage se fait sur la gêne réelle, pas sur l’âge seul.
Faut-il aller en centre de rééducation ?
Pas systématiquement. Beaucoup de patients rentrent directement chez eux avec un kinésithérapeute de ville. Le centre s’envisage selon l’autonomie, l’âge, le logement et l’entourage.
Peut-on prendre l’avion ou passer un portique de sécurité ?
Oui. La prothèse peut déclencher un portique de détection : la carte d’implant remise à la sortie sert à le justifier. Les voyages longs demandent de respecter les consignes de prévention de la phlébite données par l’équipe.
Pourquoi signaler sa prothèse chez le dentiste ?
Parce qu’une bactérie passée dans le sang lors d’un soin peut aller se fixer sur l’implant. Le praticien adapte alors sa prise en charge. C’est une précaution qui vaut pour toute la vie de la prothèse.
À retenir
La prothèse de hanche s’envisage quand la douleur et la perte de mobilité dégradent réellement la vie quotidienne, après échec du traitement médical — pas sur une radiographie. Le lever est précoce, l’appui souvent immédiat, l’abandon des cannes se joue en quelques semaines et la récupération complète en quelques mois. Les délais annoncés ici sont des ordres de grandeur : seul le chirurgien qui a posé l’implant peut donner les consignes qui s’appliquent à un patient donné. Pour un panorama des douleurs de dos et de leur prise en charge, voir notre article sur la hernie discale.